Alzabane Editions
NPnav


5 siècles d'oubli..


Avec Adelaïde Lebrun, nous revenons sur la genèse de l'adaptation de ce livre qui a traversé 5 siècles pour arriver entre nos mains et nos yeux... !


5 siècles d'oubli..
Nous sommes en 1579...
En Normandie, comme dans tout le royaume de France, la période est plutôt sombre :   la Saint-Barthélémy est encore dans tous les esprits, et les guerres de religions entre catholiques et protestants font rage. Ajoutées aux fréquentes épidémies de peste, les disettes ou famines frappent toutes les villes et campagnes. Les soldats au chômage, de retours de guerre, battent eux aussi la campagne.
Or, cette année là, est publiée la première partie de La Nouvelle Fabrique des excellents traits de vérité, d'un certain
Philippe d'Alcripe .
Le livre semble avoir rencontré un certain écho mais, comme s'il cherchait à renforcer son propre mystère, cette même édition de 1579 a aujourd’hui totalement disparu…Deux ans plus tard, Philippe d’Alcripe meurt, laissant une seconde partie qui paraît entre 1581 et 1585 selon les uns, ou au début du règne de Louis XIII pour d’autres…Là encore, rien n’est bien certain.
Son recueil rassemble désormais quatre-vingt-dix-neuf histoires, le plus souvent brèves, qui tiennent autant de la petite nouvelle fantastique, alors en vogue au XVIème siècle, que du récit burlesque, ou du conte merveilleux.



Inciter les rêveurs tristes et mélancoliques à vivre de plaisirs

François Rabelais, contemporain de Philippe d'Alcripe.
François Rabelais, contemporain de Philippe d'Alcripe.
Pour ne laisser aucun doute quant au caractère divertissant de son ouvrage, Philippe d’Alcripe ajoute ce savoureux sous-titre :  « livre pour inciter les rêveurs tristes et mélancoliques à vivre de plaisirs ».
Le style est alerte, nettement inspiré par la verve et le gigantisme d’un certain maître contemporain, François Rabelais, mais aussi, d'un certain Pline l'Ancien.

Le vocabulaire est riche, les situations sont cocasses, et l’imagination de l’auteur réellement frappante.
Tout semble donc réuni pour « divertir » de nombreux lecteurs, selon le souhait de l’auteur. Pourtant, à peine  le livre est-il publié, qu’il tombe directement au fond d’un puits d’indifférence. Malgré quelques rares rééditions dont l'une en 1732, il restera pendant plus de trois siècles totalement ignoré du public, des auteurs et même des ...spécialistes de livres rares !

5 siècles d'oubli..
Le XIXe siècle le fait miraculeusement sortir de l’oubli.
C’est d’abord le romancier Charles Nodier qui, en 1829, en fait la découverte par une édition ancienne. Il lui consacre un élogieux article dans Mélange tirés d’une petite bibliothèque. En 1853, paraît une nouvelle édition qui semble faire mouche.  L’éditeur semblait néanmoins réservé quant à son étonnante découverte. Témoin cet avant propos, pour le moins prudent, qu’il adresse aux lecteurs : « On reconnaîtra qu’il - NDLR : Philippe d’Alcripe - n'était pas dépourvu d'imagination et que sa manière avait beaucoup de naturel, ce qui constitue en grande partie le talent du conteur ». Cinq ans plus tard, en 1862, La Nouvelle Fabrique des excellents traits de vérité figure dans La Nouvelle biographie générale.
Comme en témoigne notre bibliographie, le livre a depuis fait l’objet de nouvelles éditions, en particulier en 1983, et de nombreuses analyses et recherches par des professeurs ès-lettres, et des historiens. Mais cette reconnaissance reste confinée à des cercles d’enseignants ou d’étudiants en littérature du XVIème siècle…Le grand public ignore encore totalement Philippe d’Alcripe.


En 2007, quelque part en Martinique

En 2007, Adelaïde Lebrun , illustratrice et enseignante en Histoire de l’Art, se met en quête de contes normands à illustrer. Elle même normande, elle vit alors en Martinique et découvre un article de presse qui attire son l’attention sur un drôle d’auteur normand, Philippe d’Alcripe . A son retour, elle déniche une édition du livre. Il ne lui faut lire que quelques pages, pour en imaginer une adaptation…
"J’étais à la recherche de contes normands à illustrer" explique t-elle. "Et tout ce que je trouvais ne correspondait pas à mes attentes. Soit les contes étaient de grande qualité mais avaient déjà été illustrés par de grands maîtres du genre (comme encore récemment Maupassant par Battaglia), soit j’abordais des contes traditionnels d’assez médiocre qualité qui ne me paraissaient pas intéressants.

Pourtant, la jeune femme s'obstine. "J’ai découvert de fil en aiguille, à travers des articles littéraires, un auteur normand qui m’était totalement inconnu mais qui éveilla ma curiosité. L’article parlait d’un moine à l’esprit rabelaisien qui avait écrit des contes humoristiques… il ne m’en fallait pas davantage pour que j’aille à la recherche dudit volume ! " Revenue en Normandie, Adélaïde Lebrun déniche un exemplaire de l'édition de 1853.



Adapter du Moyen Français

Grâce à ses connaissances en patois normand, et un dictionnaire de Moyen Français, Adélaïde Lebrun travaille sur une sélection de textes… Adapter un texte ancien de cinq siècles n’est pas aisé. Bien des mots ou des tournures ont sensiblement changé de sens et bien des locutions ont disparu. Le risque de contre-sens est grand. Quand, en plus, s’ajoute la présence de patois normand, on imagine la difficulté de la tâche…


"J’ai commencé par traduire ces contes d’une manière assez fidèle à l’original " se souvient-elle. "Je me suis aidé d’un dictionnaire de Moyen Français et en vérifiant les quelques expressions de patois normand grâce à mon entourage. Cependant à peu près une dizaine de mots et de formulations d’un patois assez peu référencé me sont restées incompréhensibles dans l’ensemble du recueil original."

Après un long et minutieux travail, Adélaïde Lebrun contacte en décembre 2009 notre maison d’édition. Elle présente La Petite fabrique du mensonge et de la Vérité, une étonnante sélection d’histoires de ce mystérieux Philippe d’Alcripe, accompagnées d’illustrations. Notre coup de cœur est d’autant plus immédiat qu’ Alzabane éditions envisageait au même moment un projet de collection illustrée qui mettrait en scène des contes burlesques du Moyen Age.



La rencontre avec Alzabane éditions

Néanmoins, après lecture du recueil intégral de Philippe d’Alcripe, nous envisageons d’étoffer le projet initial et d'en modifier le sommaire. Nous proposons donc à Adélaïde Lebrun d’ajouter de nouvelles histoires, qu’elle n’avait pas encore adaptées, mais aussi d’en supprimer certaines.
Au final, le sommaire de La petite fabrique du mensonge et de la vérité passe à 19  histoires.
Et c'est ainsi qu'entre mars et juillet 2010, Adélaïde Lebrun réalise une cinquantaine de peintures supplémentaires dont l’une fait apparaître Philippe d’Alcripe tel que nous avons imaginé…Nous vous laissons le retrouver…




La petite fabrique du mensonge et de la vérité

La petite fabrique du mensonge et de la vérité
par Adélaïde Lebrun
(recueil de Philippe d'Alcripe)

Prix : 19 euros TTC
(hors frais d'envoi)